Une fois n'est pas coutume, puisque nous avons en ce moment le temps de lire, voici un papier écrit pour l'A.P.B.F et paru en 2013 sur la question : Le Vasterival est-il un jardin de Collection ?... 
N'hésitez pas à laisser vos avis...


Le Vasterival, Des collections… au service de la beauté 

"La collection est plus une affaire de cœur que de raison ", Philippe de Spoelberch termine ainsi l'un de ses articles publié récemment dans les annales 2011 de la Société Belge de Dendrologie.
Presque par définition, un jardin est une collection de plantes, rassemblés dans un but précis : nourricier, officinal ou médicinal, ornemental, dendrologique, etc. Le plus souvent, le jardin individuel, privé, est un peu de tout cela à la fois, c'est une collection de plantes appréciées de son propriétaire et qui contribuent à lui rendre la vie plus agréable. Les jardins ouverts au public s'efforcent de montrer des collections représentatives soit de certains genres d'arbres, d'arbustes, de vivaces, encouragés en cela par le CCVS (Comité des Collections végétales spécialisées), soit de collections thématiques ou écologiques.
Le jardin du Vasterival contient une importante collection de plantes. On pourrait même dire une collection de collections. Pourtant, la Princesse Greta Sturdza, sa créatrice, n'était pas une collectionneuse au sens où on l'entend souvent aujourd'hui. Jamais elle n'a éprouvé l'envie ni même l'intérêt de rassembler ici toutes les espèces d'un genre, ni toutes les variétés d'une espèce; elle n'a d'ailleurs jamais dressé de listes de ses rhododendrons ni de ses érables, ni de ses virburnums. Beaucoup de spécialistes supposaient toutefois que certains genres étaient particulièrement bien représentés au Vasterival et les membres influents du CCVS n'hésitaient pas à harceler la Princesse afin d'accepter des labels "collection nationale" pour ses rhodos, ses viburnums, ses bouleaux… Elle a, à chaque fois, refusé, décliné ces offres pour ne pas "être obligée de conserver des plantes peu intéressantes"…
Le fil directeur qui a guidé la Princesse Greta Sturdza dans le choix et l'accumulation des plantes au Vasterival, a toujours été l'intérêt esthétique, qu'elle cherchait à prolonger le plus longtemps possible au long de l'année. Ainsi, lorsqu'une plante lui plaisait particulièrement ou qu'une plante se plaisait particulièrement dans les conditions de vie des sous bois acides, elle n'hésitait pas à rechercher des espèces, des variétés voisines, afin d'étendre le champs des possibles. Il y a environ 750 espèces et variétés de rhododendrons au Vasterival. C'est beaucoup pour un seul jardin. C'est très peu par rapport à ce qui existe.
La princesse les a collectionné parce qu'ils poussaient bien, en particulier dans le vieux bois de chênes et de pins, mais aussi en veillant à sélectionner des espèces et variétés précoces et d'autres tardives. Il aurait été facile, mais stupide d'accumuler 750 rhodos en fleurs en mai, elle a choisi et sélectionné les meilleures formes pour en profiter de décembre à octobre, (de 'Christmas Cheer' aux semis de 'Polar Bear' les plus tardifs) ce qui représentait pour elle le véritable intérêt d'une telle diversité.
Ce qui est vrai pour les rhododendrons l'est aussi pour les magnolias qui fleurissent de mars à septembre, des cornouillers à fleurs capables de se succéder de la mi-avril à la fin août, ou encore des cyclamens rustiques qui fleurissent tour à tour d'août à juin.

La collection avant la sélection 

Si dans certaines parties du jardin, notamment les plus récentes, certains ont pu s'inquiéter d'une très (trop ?) grande densité de jeunes plantes, il faut bien réaliser que c'était avant tout dans un but sélectif. Accordant peu de crédits aux livres et sachant que toutes les expériences d'autres passionnés, pour intéressantes soient –elles, ne tiennent jamais compte des conditions particulières de l'endroit, elle préférait acquérir et essayer les nouvelles espèces et variétés pour les tester et les évaluer "in situ".
L'inventaire que nous avons commencé durant l'hiver 2011-2012 a révélé plus de 5 000 références d'arbres et d'arbustes. Je ne trahirai pas de secret en vous apprenant que les recueils de végétaux entrés et plantés au Vasterival contiennent près de 5 fois plus de références. L'essai, l'expérience, l'élimination des plantes les moins performantes, font que les plantes survivantes sont réellement les mieux adaptées à l'endroit et les plus intéressantes pour le décor et la mise en scène végétale recherchées par la Princesse.
Les jardiniers écologistes parmi vous ne manqueront pas de faire observer que ce processus et très proche de celui de la nature. Dans un espace défriché s'installent très rapidement une grande quantité de végétaux différents, qui s'amenuise peu à peu au fil du temps. La collection est le point de départ, la sélection fait le tri et permet au jardin de mûrir et d'obtenir un peu plus de caractère en se simplifiant au fil du temps.

Les conditions de l'endroit imposent parfois les collections… 

Dans un site très mouvementé et vallonné comme le Vasterival, les qualités du sol et les microclimats varient énormément et parfois, à quelques mètres de distance. Le sol est ainsi partout acide, mais si dans certains recoins, on peut planter des rhododendrons presque à mains nues tant le sol est friable et riche en humus, dans d'autres la terre glaiseuse impose une sélection plus pointue des végétaux. Attentive à cela, la Princesse Greta Sturdza a veillé a essayer des végétaux très différents dans chaque nouvelle parcelle défrichée afin de déterminer les mieux appropriées aux conditions offertes. En quelques mois ou quelques années, les plantes les moins adaptées étaient éliminées ou déplacées, et celles qui se plaisaient formaient alors la base de nouvelles collections et de nouveaux arrangements. 
Ainsi, à la fin des années 1990, la limite Est du jardin enfin défrichée a révélé un sol très glaiseux, humide et à priori peu accueillant, peuplé d'un sous bois de cépées de frênes. Les premières plantations on révélé que l'endroit était idéal pour les érables japonais qui appréciaient le drainage et l'ombrage très léger offerts respectivement par les racines denses et le feuillage léger et peu épais des frênes. Cet endroit est alors devenu un "bois d'érables", que nous continuons d'agrandir et de planter dans cet esprit avec le même succès. La encore la "collection d'érables" n'a aucun but d'exhaustivité, mais elle vise à exploiter au mieux la diversité des formes et des couleurs de feuillage au printemps, en été et en automne, ainsi que des branchages en hiver afin de donner à cet endroit un intérêt prolongé au long de l'année.


Très récemment, nous avons découvert que la partie Sud, bien exposée et très protégée des vents du Nord permettait d'acclimater facilement des végétaux réputés peu rustiques. L'alternance de parties très humides et d'autres bien drainées grâce à la présence de grands chênes, offre quelques variations intéressantes et nous permet d'acclimater des arbres et arbustes provenant de Nouvelle Zélande ou d'Amérique du Sud, mais aussi des régions presque subtropicales de la Chine, avec notamment des nothofagus, des lauracées méconnues, des cornouillers ou des viornes arborescentes persistantes, ainsi que de nombreux magnolias persistants, qui complètent ainsi l'assortiment déjà riche d'espèces et de variétés de ce genre qu'affectionnait particulièrement la Princesse. Il ne sera probablement pas possible de conserver toutes les nouvelles collections de végétaux essayées dans cette partie privilégiées, mais il est sûr que les sélections épargnées par les aléas climatiques ou celle des jardiniers augmentera encore l'intérêt de la collection des plantes pour un jardin beau toute l'année.

L'unité dans la diversité

L'un des principaux inconvénients des jardins de collection classiques, est que l'accent est mis sur les différences entre les plantes rassemblées. On obtient alors une composition le plus souvent "chaotique" car si chaque individu est intéressant, il manque la cohésion d'ensemble. Rassembler une petite collection de végétaux similaires (par exemple plusieurs variétés d'érables japonais, ou plusieurs hydrangeas) permet d'obtenir cette cohérence grâce aux ressemblances, par exemple entre les textures des feuillages ou entre les silhouettes similaires.
Cette unité d'aspect permet en outre de bien mettre en évidence les caractères qui différencient les variétés entre elles. L'allée des érables décrite plus haut, mais surtout les nouveaux "bois de magnolias" sont les démonstrations les plus évidentes de ce principe au Vasterival. Pour ce dernier, la Princesse a rassemblé et planté plusieurs variétés récentes de magnolias arborescents sur un versant. Plantés assez proches les uns des autres ils forment d'ors et déjà un bosquet si cohérent qu'en été, on le penserait planté de multiples sujets de la même variété. Mais en avril, lorsqu'il fleurit, les différentes nuances de roses et de blanc rosé se mettent mutuellement en valeur donnant un étonnant camaïeu de cimes fleuries. Il en est de même de la collection de pieris de semis venant de Yakushima. Ils ont tous une apparence similaire, mais chacun apporte des petites différences : une floraison plus précoce ou plus tardive, bien banche ou plus rosée, des jeunes pousses vives ou plus tendres, etc.
Terminons sur la collection d'hellébores que la Princesse affectionnait tout particulièrement. L'été, les feuillages similaires forment des tapis qui ne suscitent que peu d'intérêt, mais en hiver, les couleurs des unes valorisent celles des autres et leur diversité étonne tout autant que leurs couleurs fraiches et vives régalent les yeux. On a autant de plaisir à admirer les grandes coulées des plantations spectaculaires du talus qui leur est réservé que de parcourir le jardin de plante en plante pour observer chacune d'elle au cœur des corolles.


Collectionner des plantes peut parfois paraître pour une "déviance" des jardiniers, mais c'est en fait un moteur puissant, qui nous pousse à chercher toujours plus loin et qui permet souvent de faire avancer les connaissances globales du monde végétal. C'est certainement une affaire de cœur, mais la raison permet d'en tirer un large profit. Tous les jardiniers sont un peu collectionneurs dans l'âme, mais à chacun revient de déterminer si collectionner est l'unique objectif de son travail ou un moyen de parvenir à sa vision du jardin idéal.

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